Le Journal du Théâtre - numéro 22 - Février 2011 / Mars 2011

Entretien avec Cridacompany

Emilie Gianre : A l'occasion de vos deux résidences, en juin et septembre, nous avons pu découvrir des extraits de Aïe. Votre démarche artistique est originale, drôle et décalée. Ce fut une très belle surprise pour le public présent.
Différentes disciplines nourrissent votre travail, de quelle façon ?
Nous cherchons autour du mouvement (danse, portés acrobatiques, manipulation d'objet) mais aussi du côté du son, de la musique. Nous nous mettons tous entiers au service de la création. Nous ne nous interdisons rien. C'est la proposition dramatique qui commande. Parallèlement à notre recherche de cirque, nous avons différents projets qui évoluent ensemble. Un travail plastique autour de la photo, les installations sonores et surtout la musique avec la création du groupe Jur et notre deuxième album qui vient de sortir. Tous ces projets ne sont pas liés dans leur forme mais sont nés d'une même énergie.

Emilie Gianre : La Cridacompany s'est créée à partir de la rencontre de Jur Domingo et Julien Vittecoq. Plusieurs spectacles et performances se sont succédé depuis. Quel est votre parcours ?
Jur : Avant de me former dans les arts du cirque (école de Madrid, école de Barcelone et Lido de Toulouse) je faisais du théâtre dans la rue et je
chante aussi depuis toujours avec mon père.
Julien : J'ai découvert la scène au sein de la compagnie Red Notes (Andy Degroat) et je me suis formé au mime (Ecole Marcel Marceau, Paris) puis aux
arts du cirque à Toulouse.
Nous avons appris surtout beaucoup ensemble, l'un de l'autre. En nous observant. En jouant ensemble.

Emilie Gianre : Dans Aïe, un troisième artiste, Nicolas Arnould a rejoint votre duo. Comment est née cette collaboration et quelle est sa place ?
Nous avions envie d'ouvrir cet univers à une autre présence. Nicolas n'a pas le même parcours que nous. Ses outils sont différents. Nous tentons d'exister ensemble sur le plateau. Pour nous, l'arrivée de Nicolas représente un réel évènement. Beaucoup de nouvelles questions, problématiques sont apparues. Nous dansons, jouons ensemble. Aïe est bien un trio.

Emilie Gianre: Entre performance et esthétique, comment exploitez-vous les corps ? Quelles sont vos sources d'inspiration et vos limites ?
Avec nos corps, on cherche. Ces corps sont eux-mêmes une source d'inspiration. Ils sont capables de certaines choses et incapables d'autres.
Nous cherchons beaucoup autour de nos limites respectives. On observe les gens, les animaux. Petit à petit, un langage apparaît. Nous sommes à la recherche de petits exploits.

Emilie Gianre : Quelle sont les images, les obsessions qui vous accompagnent dans votre travail ?
Jouer toujours plus. Essayer de provoquer des sensations. Tenter d'échapper.

Emilie Gianre : Au niveau de la mise en scène, vous avez opté pour un style épuré et simple. Comment l'avez-vous imaginé ?
Nous travaillons beaucoup à l'instinct. Nous avançons à petit pas, comme dans la nuit. On a peur de s'encombrer de choses ou d'histoires qui ne sont pas essentielles pour nous. Je ne sais pas si la mise en scène est simple mais c'est vrai que l'on évolue dans un monde sans décors avec des accessoires qui parsèment la scène.


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