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Entretien avec Bruno Rouzaire
De quelle année date votre première
venue au théâtre ?
Ma première venue au Théâtre Jean Lurçat date
de 2005 mais j'ai commencé à le fréquenter plus assidûment
à partir de 2006 et ceci de façon régulière
toutes les saisons suivantes. La qualité et le panel des spectacles
présentés y sont pour beaucoup car j'ai trouvé, dans
les programmes proposés, quelque chose d'équivalent à
ce que j'avais sur Bordeaux en fréquentant le Théâtre
Fémina. La structure de la scène nationale d'Aubusson
est plutôt agréable et les gens qui la font vivre le sont,
à mon sens, tout autant. Un autre élément contribue
également à valoriser ce sentiment, il s'agit de la part
"communication" dont l'équipe entière semble avoir
pleinement saisi l'importance. De fait, les courriers classiques, les
courriels réguliers (comme une piqûre de rappel) et les articles
de la Montagne sont devenus des atouts majeurs dans le développement
de la Scène Nationale. Ce tout est indissociable car il est la
clef pour accéder à un niveau de qualité élevé,
niveau qui profite à tous, artistes, spectateurs, équipe
du Théâtre et, dans une moindre mesure, au rayonnement de
la ville d'Aubusson.
Quel(s) spectacle(s) avez-vous vu récemment
?
Le dernier spectacle auquel j'ai assisté était le premier
de la saison 2009/2010, à savoir : Pisteurs.
J'ai beaucoup apprécié le mélange des moyens employés,
notamment les supports graphiques, pour faire toucher du doigt les questions
sur la peur et la responsabilité. La justesse et la sensibilité
des textes donnaient la certitude qu'un dialogue avait forcément
était noué avec de véritables professionnels, dans
des domaines très différents.
Sur la forme, les acteurs n'avaient pas tout à fait la même
qualité d'interprétation. Maud Hufnagel était un
bon cran en deçà de la prestation de son partenaire de scène
(beaucoup plus à l'aise et plus juste dans le ton), avec une diction
un peu hésitante, voire livresque par moments. Je suis tout de
même conscient qu'il s'agissait de la première, donc d'un
spectacle pas entièrement rodé, avec tout le stress que
cela implique. Malgré tout, j'ai passé un moment agréable.
Vous êtes venu voir les deux spectacles de Jacques Vincey : Mademoiselle
Julie et Madame de Sade, qu'est-ce qui a motivé votre choix ?
Pour ce qui concerne les deux spectacles mis en scène par Jacques
Vincey, je dirais que ce sont, à priori, les thèmes
choisis et la manière d'attirer le regard du spectateur que je
suis qui ont motivé mon choix.
Mademoiselle Julie était une pièce
où l'on parlait de l'attirance mutuelle des sexes, de la lutte
du coeur et de la raison mais aussi de celle des classes sociales. Un
mélange détonant qui ne pouvait que plaire, le tout servi
par une image qui représentait une scène ayant l'apparence
"d'un cadre pendu à un mur "! Une bonne idée somme
toute pour créer une réaction et donner l'envie ...
Pour Madame de Sade, tout le monde ou
presque connaît l'histoire du marquis. Il était donc intéressant
de savoir comment le metteur en scène allait faire évoluer
ses actrices. Ce qui a été l'élément déclencheur
supplémentaire, ce sont les costumes et les coiffures des femmes
que l'on pouvait voir sur les différentes publications parues.
Une manière comme une autre de souligner l'importance de la communication
!
Qu'avez-vous ressenti, pensé à
l'issu de ces spectacles, quels souvenirs en gardez-vous aujourd'hui ?
Qu'il s'agisse de ces deux spectacles ou d'autres, j'ai toujours tendance
à faire des parallèles avec ma propre vie, à m'interroger
sur la position que j'aurais adopté en la circonstance, à
réfléchir sur des questions simples mais pourtant si compliquées,
l'amour, la haine, les joies, les peines, les souvenirs, les rêves,
tout ce qui régit notre rapport à l'autre ... Il s'agit
toujours de tranches de vie. En l'occurrence, et hormis la qualité
des textes, ce qui reste aujourd'hui encore présent à mon
esprit sont les décors pour l'un et la qualité des costumes
pour l'autre .
Etes-vous un spectateur uniquement intéressé
par le théâtre ou êtes-vous également attiré
par d'autres disciplines artistiques, lesquelles et pourquoi ?
Je ne suis absolument pas figé sur le théâtre bien
que j'aimerais voir de temps en temps des pièces classiques jouer
dans la plus pure tradition (afin de contre balancer les mises en scènes
contemporaines auxquelles nous sommes plus souvent soumis). J'apprécie
tout autant la musique classique que les chanteurs à textes, mais
aussi la danse et tous les spectacles "de cirque" (des arts
de la piste) qui mettent en évidence l'agilité et la sensibilité
des saltimbanques, au même titre qu'un acteur ou qu'un chanteur.
A mon sens, c'est ce mélange des genres qui ouvre l'esprit.
A quoi vous attendez-vous en venant au spectacle,
qu'attendez-vous d'un spectacle ?
Cette question rejoint un peu la précédente. Lorsque je
me rends à un spectacle, j'attends toujours d'être émerveillé,
d'être bousculé, d'être interrogé. Il faut que
j'ai du plaisir instantané, qu'il y ait une " communion ",
un échange intimiste. La proximité avec les artistes permet
cet échange et lui donne une vraie dimension. En général,
je suis souvent fixé dès les premières minutes du
spectacle mais il arrive aussi que je sois captivé en cours de
spectacle (ce qui est plus rare cependant).
En 2007, le spectacle Taoub avait été
magnifique dès le début et s'est confirmé tout au
long de la soirée. La Jurassienne de réparation
a été un des spectacles que j'ai particulièrement
aimé avec des textes et des acteurs truculents qui maniaient le
verbe et les outils comme de vrais professionnels de la mécanique.
Une grande prouesse technique et un grand moment dans un cadre pourtant
peu conventionnel mais tellement réaliste !
Les danses contemporaines de Jean-Claude
Gallota ont été un réel plaisir à découvrir,
dans un style qui lui est propre.
Les chants du Néapolis ensemble
avaient une résonance qui me provoquait littéralement la
chair de poule.
Les textes et la voix de Claire Diterzi
étaient également un enchantement. Voilà tout ce
que j'attends de ces différents spectacles, d'être ému,
que mes yeux et mes oreilles soient étonnés, émerveillés.
Qu'est-ce que veut dire pour vous " être
spectateur " aujourd'hui ?
Etre spectateur aujourd'hui, c'est avant tout avoir la capacité
à" réagir " au spectacle auquel on assiste, savoir
identifier les nuances d'un texte, d'un chant, d'une musique, d'un geste,
ressentir un sentiment et pouvoir exprimer ce ressenti, en bref, "
être tout simplement attentif et critique " . Bien sûr,
certains se limitent à dire qu'être spectateur ne demande
pas de qualité particulière autre que celle d'assister et
de regarder un spectacle qui plaira ou ne plaira pas. Cette vision du
spectateur est donc très réductrice et peu crédible
car un spectacle, quel qu'il soit déclenche toujours une réaction,
qu'elle soit bonne ou mauvaise.
En tout état de cause, il est nécessaire de veiller à
ne pas céder à la facilité et de ne pas se contenter
de critiques unanimement dithyrambiques car elles répondent davantage
à une contrainte économique (voire à un certain snobisme)
qu'à la qualité des spectacles. La critique doit toujours
rester objective pour être constructive.
et pour finir une question plus généraliste
:
Que représente pour vous la scène nationale d'Aubusson ?
La scène nationale représente un lieu de création
artistique (à statut unique en Creuse et dans le limousin) qui
propose de découvrir autre chose que des programmes aseptisées
telles que " l'étrange lucarne " nous en abreuve journellement.
Nous avons dans nos mains un outil culturel digne des plus grandes villes
dont nous devons prendre conscience et que nous devons développer
afin d'éviter une relégation (déclassement) promise
pour un avenir proche puisque certains bruits évoquent déjà
une échéance à 6 années. Il est donc essentiel
de préserver la structure qui est la nôtre en continuant
à oeuvrer avec autant de professionnalisme et de dynamisme que
le fait l'Equipe actuellement en place,
à tous les échelons.
Quant au dernier spectacle auquel j'ai pu assister ce soir, La nuit des
Rois, je vous en livre directement mon sentiment, à chaud :
Sur le fond : Tous les ingrédients
d'un bon spectacle théâtral étaient réunis.
Il était question d'amour, d'argent, de pouvoir, de faux-semblants,
d'illusions et de quiproquos, c'est-à-dire de toutes les préoccupations
qui régissent l'histoire de l'humanité et sa conscience,
notre histoire en quelque sorte, de près ou de loin... Des jeux
de l'amour, des méprises et des quiproquos où nos sens se
perdent un peu.
Sur la forme : l'interprétation
des acteurs était parfaite, les costumes et les perruques plutôt
originaux, le décor modulaire permettait les changements d'espace
et de lieux en utilisant des artifices visuels intéressants. L'utilisation
d'un fond sonore d'accompagnement et de quelques passages chantés
ou fredonnés était à la fois originale et intelligemment
placé.
Synthèse globale : Le jeu impeccable
des acteurs était renforcé par les différentes variations,
fugues et contrepoints auxquels ils se livraient sur scène. Cela
donnait une richesse supplémentaire (digne des meilleurs chanteurs)
à leur prestation. Il en ressort une pièce Shakespearienne
à la mode contemporaine de très belle facture qui confirme
les qualités de son metteur en scène. Vraiment un bon moment
!
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