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Sacrées ou non,
ces bonnes sont des monstres, comme nous-mêmes
quand nous nous rêvons ceci ou cela.
Jean Genet
Le 2 février 1933, Christine et Léa Papin
assassinent sauvagement et sans aucune raison apparente
leur maîtresse et sa fille. Une dizaine dannées
plus tard, Jean Genet
sinspire de ce fait divers pour en faire
du théâtre. Il fait entrer Les
Bonnes dans la famille des réprouvés
glorieux qui prennent dans limaginaire une revanche
sur leur condition de misère (M. Corvin).
Les Bonnes jouent à un jeu dangereux. Elles
vont se prendre au jeu, et la farce basculera dans le
tragique. La chambre de Madame est une arène
: acteurs et spectateurs sont complices dune mort
annoncée, mais la victime ne sera pas celle quon
attendait
Jean Genet joue avec les codes du théâtre
et avec les repères des spectateurs.
Il nous maintient aux lisières du vrai et du
faux, du trivial et du merveilleux, du rire et de leffroi.
Pathétiques et grandioses, ses personnages évoquent
les grands clowns qui, au sommet de leur art, savent
nous faire rire et pleurer dans le même instant.
Rien nest plus éloigné du réel
que ces figures outrancières, et pourtant, rien
ne nous parle plus intimement de notre humanité
la plus secrète.
Jacques Vincey
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